1. L'intérêt du site au fil du temps Cet ensemble naturel, constitué de dunes, d'étangs et de prairies humides n'a, au fil des siècles, intéressé que peu de gens. Les marais, considérés comme insalubres, ont toujours été peu fréquentés. Seuls les chasseurs de canards et les pêcheurs de grenouilles s'y hasardaient… 2. La formation du cordon dunaire Le cordon dunaire bloque l'écoulement des eaux vers la mer (source : Lionel PONT) Le cordon dunaire de Trévignon, comme la majorité des massifs dunaires bretons, s'est mis en place vers la fin du mésolithique, et pendant le néolithique, soit vers deux mille ans avant Jésus-Christ ; à cette époque, de vastes estrans sableux découverts fournissaient au vent les sables nécessaires à l'édification des dunes. Puis le niveau de la mer s'est élevé au rythme de la transgression flandrienne, marquant ainsi l'arrêt de la progression dunaire.
La dune de Trévignon constitue un véritable barrage naturel à l'embouchure des petits ruisseaux côtiers. Ainsi sont nés sept étangs, distants les uns des autres d'à peine deux cents mètres : le Loc'h Ven, le Loc'h Louriec, l'étang de Kerdalle, le Loc'h Lourgar, le Loc'h Vreign, le Loc'h ar guer et le Loc'h Coziou. Un seul ruisseau reste en communication directe avec la mer, qui remonte son embouchure à chaque grande marée et forme ainsi une lagune, c'est le Ster Loc'h.
Lorsque l'océan se retire après la marée haute, il laisse derrière lui un dépôt d'algues : les laisses de mer. C'est la frontière entre la mer et la terre, entre l'estran et la dune. 3. Le profil dunaire Entre terre et mer, la dune est divisée, en théorie, en trois parties : le haut de plage, la dune vive et la dune fixée également appelée dune grise. Cette zonation est profondément modifiée à Trégunc, le cordon étant trop étroit. Elle est cependant observable juste devant la Maison du Littoral.
Le haut de plage est colonisé par de petits animaux marins, comme les puces de mer (talitres), des mollusques, ou des animaux terrestres tels que les insectes. Sous l'influence directe de la mer (sel) et des laisses de mer (azote), de rares plantes annuelles parviennent à s'y développer malgré la forte pression touristique. On y trouve l'arroche des sables, le cakilier…
Cette première zone, fortement soumise aux embruns constitue la dune embryonnaire.
La dune mobile ou dune vive est colonisée par le pourpier, le chiendent, la giroflée, l'euphorbe, le liseron des sables. En haut de la dune, cette flore est associée à l'oyat qui se développe hors d'atteinte des flots. Des oyats en provenance des landes ont été replantés dès 1981.
Le caractère grossier du sable rend aussi possible l'installation de la criste marine et du chou marin, espèces de rochers ou de galets.
Au milieu des sables grossiers, le Pourpier de mer (source : Lionel PONT) L'Oyat, la plante emblématique de la dune mobile (source : Lionel PONT) Cousin du légume de nos potagers, le Chou marin. Attention, espèce protégée ! (source : Lionel PONT) Enfin, on appelle dune fixée ou dune grise la troisième partie de la dune qui descend jusqu'aux étangs et qui est plus complexe et plus riche. La dune " blanche " devient " grise " du fait de son enrichissement en matière organique. Cette zone de végétation rase associe des mousses, des champignons, des plantes ou des insectes… Outre les fétuques qui constituent le tapis de graminées, sont présents le pavot cornu, l'orpin brûlant, l'armérie maritime, le thym serpolet, le gaillet des sables…
Bien que situé à l'extrémité de la péninsule, le cordon dunaire de Trévignon bénéficie encore des conditions qui permettent la présence dans notre région de végétaux d'origine méridionale. La giroflée des dunes se trouve en limite nord de sa répartition par exemple. A l'inverse, des espèces nordiques telles que le chou maritime se situent sur le site en limite sud de leur répartition. L'orpin enflamme la dune grise (source : Lionel PONT) Un Crache-sang se balade sur l'arrière-dune (source : Lionel PONT) 4. Des dunes en danger Divers facteurs naturels ou anthropiques accentuent l'érosion de la dune. Le profil dunaire, très fragilisé de Trévignon donne lieu à une accélération spectaculaire de l'érosion.
Le cordon dunaire, repoussé par la remontée des eaux, est maintenant acculé à la falaise morte. En plusieurs points, il menace de céder définitivement au droit des Loc'h Louriec et Lourgar par exemple. A ces endroits, la dune prend alors un profil particulier, très peu élevé, puis des brèches se forment… Comme pour prouver ce recul, en face de la Maison du Littoral, le blockhaus, construit par les Allemands lors de la Seconde Guerre Mondiale à 50m de la mer, est baigné par les flots de la plus petite marée. A cet endroit l'océan a repris un mètre par an depuis 50 ans.
En fait, l'érosion n'est pas uniforme le long du cordon. L'association complexe des courants de marées, et de la houle venue du large, légèrement oblique, crée une " dérive littorale " (courant parallèle à la côte), du nord vers le sud. Ce courant côtier arrache des particules sur les grèves de Kerdalle ou de Kerouiny, puis engraisse la plage au niveau du sud du Loc'h Coziou et de l'embouchure du Ster Loc'h.
D'autre part, la taille de la dune subit des variations saisonnières. L'hiver est la saison de tous les dangers : les tempêtes franchissent régulièrement la dune, provoquant son amaigrissement. En revanche, l'été voit de nouveau grossir les dunes : la houle y est plus longue et les vagues moins agressives.
L'homme est rarement neutre dans la lutte que se livrent les éléments : son action peut aussi bien freiner l'érosion que l'accélérer.
L'extraction de sable est venu accentuer le phénomène naturel d'amaigrissement du cordon dunaire. Pratiquée de façon organisée et industrielle à l'embouchure du Ster Loc'h ou de manière plus occasionnelle tout au long du cordon, elle a durablement modifié le paysage littoral.
Des exemples précis qui montrent la volonté de l'homme à freiner cette érosion aujourd'hui sont la pose de ganivelles et la plantation d'oyats.
D'autre part, la surfréquentation touristique a un impact négatif sur le milieu car elle est à l'origine d'un surpiétinement qui dégrade le couvert végétal.
Certains évoquent la possibilité que le cordon dunaire cède et que le paysage se transformerait en un milieu plutôt estuarien !!! Affaire à suivre…
Érosion de la dune sous l'effet combiné de la mer et du vent (source : Lionel PONT) Un blockhaus dans la mer, témoin du recul de la dune (Photo : G. Bourhis) |